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Marc Aurèle et la motivation

  • Joël
  • il y a 12 minutes
  • 4 min de lecture

Pour Marc Aurèle, empereur, philosophe stoïcien, la motivation ne repose jamais sur des leviers superficiels (comme les promesses de gloire, les bonus financiers excessifs ou la peur du blâme), qui relèvent plutôt du McStoicism. Pour le philosophe-roi, motiver ses troupes et ses généraux au milieu des glaces des guerres marcomanes reposait sur le sens, la clarté et le sentiment d'utilité collective.


Je vous propose le plan d'action stoïcien pour motiver une équipe moderne

 

Remplacer la carotte par le sens (Le but commun)

  • La pensée de Marc Aurèle : « Tout être est configuré en vue d’une œuvre. [...] Quel est donc ton but ? Te donner du plaisir ? Vois si la raison tolère cette pensée. »

  • L'application managériale : La démotivation naît souvent de l'impression d'effectuer des tâches absurdes. Ne motivez pas vos collaborateurs en leur disant, « Il faut atteindre cet objectif pour l'actionnariat ». Reliez chaque tâche quotidienne à un but plus grand, comment leur travail aide-t-il concrètement le client, résout-il un vrai problème ou améliore-t-il la vie de l'équipe ?


    Le sens est le carburant de l'engagement[JR1] .


Pour redonner du sens à une équipe qui n'en voit plus, le manager ne doit pas inventer de faux discours corporatifs. Il doit utiliser la méthode de la déconstruction stoïcienne.

Marc Aurèle passait son temps à dépouiller les choses de leur apparat pour en voir la réalité nue (par exemple, il se rappelait que le vin pourpre de l'empereur n'était que du jus de raisin fermenté). En management, il faut faire l'inverse, dépouiller la tâche aride pour révéler l'impact humain réel qu'elle cache.

 

Voici 3 rituels managériaux concrets, inspirés des exercices spirituels de Pierre Hadot et des applications de Xavier Pavie, pour réinjecter du sens au quotidien :


L'exercice de « La Vue d'en Haut » collective

La perte de sens survient quand le collaborateur a le nez collé à son écran (le micro) sans voir à quoi sert son travail (le macro).

  • L'action : Lors de votre prochaine réunion d'équipe, ouvrez une parenthèse de 10 minutes. Prenez une tâche rébarbative (ex: remplir un tableau de suivi, coder une fonctionnalité, trier des données) et retracez sa chaîne d'impact avec l'équipe.

  • Le questionnement : « Si cette tâche est mal faite, qui en souffre à la fin ? Et si elle est parfaitement faite, quelle vie ou quel quotidien améliore-t-on à l'autre bout de la chaîne ? »

  • Le but stoïcien : Reconnecter l'action individuelle au bien commun (le cosmopolitisme). Faire comprendre que même un maillon invisible est indispensable à la solidité de toute la chaîne.


Le filtre de « La Citadelle Éthique »


Les équipes se démobilisent quand les objectifs ne sont que financiers (ex: « faire +15% de marge »). Le stoïcisme enseigne que le profit n'est qu'un résultat secondaire de la Vertu (le travail bien fait).

  • L'action : Reformulez les objectifs de votre équipe. Ne parlez plus uniquement de chiffres, mais de la qualité éthique du travail.

  • Le changement de discours : Au lieu de dire : « Nous devons clore 20 dossiers cette semaine pour tenir les délais », dites : « Notre défi cette semaine est d'apporter la réponse la plus juste, la plus claire et la plus honnête possible à 20 de nos clients qui attendent notre aide ».

  • Le but stoïcien : Déplacer la motivation du résultat extérieur (qui ne dépend pas entièrement d'eux) vers l'excellence de leur propre comportement (qui dépend d'eux).


Le rituel du « Journal de l'Impact » (Le vendredi soir)


La routine donne l'impression de faire du surplace. Cet exercice s'inspire directement de l'examen de conscience du soir de Marc Aurèle.

  • L'action : Le vendredi avant de partir en week-end, demandez à chaque membre de l'équipe de partager (par écrit ou à l'oral) une seule chose.

  • La question : « Quelle est l'action, même minuscule, que tu as faite cette semaine et qui a concrètement aidé un collègue ou un client ? »

  • Le but stoïcien : Forcer l'esprit à archiver les victoires humaines plutôt que d'accumuler la fatigue des processus. On ne quitte pas le bureau sur un sentiment de vide, mais avec la preuve factuelle de son utilité.


En plus du sens Marc Aurèle nous propose 3 autres moyens de motivation très simples à mettre en œuvre


Célébrer la vertu de chacun (La reconnaissance ciblée)


  • La pensée de Marc Aurèle : « Quand tu veux te réjouir le cœur, songe aux qualités de ceux qui vivent avec toi, l'activité de l'un, la réserve de l'autre, la libéralité de celui-ci. »

  • L'application managériale : Au lieu de faire des compliments vagues (« Bon boulot l'équipe »), pratiquez la reconnaissance individualisée et basée sur le caractère. Valorisez publiquement le courage d'un collaborateur qui a osé pointer un problème, la rigueur d'un autre sur un dossier complexe, ou l'esprit d'entraide d'un troisième. Se sentir vu pour ses forces éthiques et techniques booste la motivation intrinsèque.


Offrir de l'autonomie en clarifiant le cadre (Le filtre du contrôle)


  • La pensée de Marc Aurèle : « Que tes actions ne soient jamais dictées par le hasard, ni accomplies sans être conformes aux règles de l'art. »

  • L'application managériale : Un manager stoïcien ne fait pas de micro-management (ce qui tue la motivation). Définissez précisément avec votre équipe la zone qu'elle contrôle (les objectifs de qualité, les délais, la méthode) et laissez-la libre d'agir à l'intérieur de ce cadre. Responsabiliser ses équipes, c'est leur prouver qu'on a confiance en leur raison et en leurs compétences.


Transformer les obstacles en objectifs (L'adaptation)


  • La pensée de Marc Aurèle : « L'obstacle à l'action avance l'action. Ce qui barre la route devient le chemin. »

  • L'application managériale : Face à une baisse de moral due à un échec (perte d'un client, projet annulé, bug technique), ne niez pas la difficulté. Réunissez l'équipe et pivotez immédiatement : « Cet échec est hors de notre contrôle. En revanche, qu'est-ce qu'il nous apprend ? Comment cet obstacle va-t-il faire de nous une meilleure équipe pour le prochain projet ? » Transformer un problème en défi d'apprentissage est un puissant levier de remobilisation.

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